Secourisme · Sauveteur secouriste du travail
Tête en arrière pour un saignement de nez, beurre sur une brûlure, un objet dans la bouche pendant une crise… Ces réflexes passent de génération en génération. Je les entends à chaque session de formation SST. Certains ne servent à rien, d'autres font perdre un temps précieux. Voici les 10 que je corrige le plus souvent, avec ce que dit vraiment le référentiel de l'INRS.
Ancien pompier, formateur depuis 2012, j'ai vu des collègues pleins de bonne volonté faire exactement l'inverse de ce qu'il fallait. Pas par négligence : parce qu'on leur avait toujours dit de faire comme ça. Alors faisons le tri.
Les 10 idées reçues
- Saignement de nez : tête en arrière
- Brûlure : beurre, dentifrice ou glaçon
- Il s'étouffe : on tape dans le dos
- On ne déplace jamais une victime
- Ça saigne : vite, un garrot
- Masser, c'est risquer de casser des côtes
- Le défibrillateur, c'est pour les pros
- Elle fait du bruit, donc elle respire
- Crise convulsive : tenir la langue
- Malaise : un sucre et un verre d'eau
« Saignement de nez : on penche la tête en arrière. »
Faux
Tête en arrière, le sang coule dans la gorge. La personne l'avale, ça peut la faire vomir, et surtout on ne voit plus si ça saigne encore.
- Faire asseoir la personne, tête penchée en avant.
- Lui faire moucher, puis lui faire comprimer les narines pendant 10 minutes, sans relâcher.
- Demander un avis médical si le saignement ne s'arrête pas, ou s'il fait suite à un choc.
« Sur une brûlure, du beurre, du dentifrice ou un glaçon. »
Faux
Le beurre garde la chaleur dans la peau, le dentifrice salit la plaie et le glaçon peut aggraver la lésion. Le seul produit qui marche, c'est l'eau.
- Arroser tout de suite à l'eau courante tempérée, au moins 10 minutes (idéalement 20).
- Retirer les vêtements qui ne collent pas à la peau.
- Ne pas percer les cloques, et alerter ou demander un avis médical selon l'étendue de la brûlure.
« Il s'étouffe ? On lui tape dans le dos tout de suite. »
À nuancer
Tout dépend de ce qu'on voit. Une personne qui tousse, parle ou respire a encore de l'air qui passe : sa toux est plus efficace que nos tapes.
- Elle tousse, elle parle : on ne tape pas. On l'installe dans la position où elle se sent le mieux, on l'encourage à tousser et on suit les conseils des secours.
- Elle ne peut plus parler, tousser ni respirer : 1 à 5 claques vigoureuses dans le dos, entre les omoplates.
- Si ça ne marche pas : compressions abdominales (méthode de Heimlich), ou compressions thoraciques chez une femme enceinte ou une personne obèse.
« Une victime, on ne la déplace jamais. »
À nuancer
C'est la règle, et elle est bonne : on évite de bouger une victime, surtout après une chute. Mais il y a une exception, et elle sauve des vies.
- D'abord, supprimer ou isoler le danger si c'est possible (couper le courant, baliser…).
- Si le danger est réel, immédiat, impossible à maîtriser et menace la vie de la victime (incendie, fumées, effondrement…) : dégagement d'urgence.
- Et seulement si on peut le faire sans se mettre soi-même en danger.
« Dès que ça saigne beaucoup, il faut un garrot. »
Faux
Le garrot est revenu dans la formation SST en 2017, mais ce n'est pas le premier geste. Dans la grande majorité des cas, une main bien appuyée suffit.
- Comprimer l'endroit qui saigne avec la paume de la main (protégée si possible) et allonger la victime.
- Garrot seulement si la compression d'un membre est inefficace ou impossible (objet dans la plaie, plaie inaccessible, plusieurs victimes…). On le laisse visible.
- Ne jamais retirer un objet planté dans une plaie.
« Si je masse, je vais lui casser des côtes. Je préfère ne rien faire. »
Faux
Une côte, ça se répare. Un cerveau privé d'oxygène, non. Une personne en arrêt cardiaque qui n'est pas massée n'a quasiment aucune chance, et chaque minute compte. Et la loi vous protège : depuis la loi n° 2020-840 du 3 juillet 2020, la personne qui porte secours a le statut de citoyen sauveteur. Elle n'est pas tenue de réparer le préjudice causé à la victime, sauf faute lourde ou intentionnelle.
- Alerter (ou faire alerter) et faire chercher un défibrillateur.
- Comprimer le thorax au centre de la poitrine, 30 fois, à un rythme de 100 à 120 par minute, puis 2 insufflations.
- Si les insufflations sont impossibles : compressions en continu, sans s'arrêter jusqu'à l'arrivée des secours.
« Le défibrillateur, c'est pour les pros. Et il peut électrocuter quelqu'un qui n'en a pas besoin. »
Faux
Depuis le décret n° 2007-705 du 4 mai 2007, toute personne, même non médecin, peut utiliser un défibrillateur automatisé externe. L'appareil analyse le cœur lui-même et ne délivre un choc que s'il le faut. Il parle et vous guide pas à pas.
- L'allumer et le mettre en place le plus tôt possible, sans interrompre le massage plus que nécessaire.
- Suivre ses instructions vocales.
- Ne pas toucher la victime pendant l'analyse et le choc, puis reprendre le massage dès qu'il le demande.
« Elle fait du bruit en respirant, donc elle respire. »
Faux
Dans les premières minutes d'un arrêt cardiaque, beaucoup de victimes ont des mouvements respiratoires lents, bruyants, irréguliers : les gasps. On croit qu'elles respirent, on les met en position latérale de sécurité… et on perd des minutes vitales.
- Une victime qui ne répond pas et ne respire pas normalement est en arrêt cardiaque jusqu'à preuve du contraire.
- Alerter, masser, défibriller. Pas de PLS dans ce cas.
- En cas de doute, décrire précisément ce que vous voyez à l'opérateur du 15, du 18 ou du 112 : il vous guide.
« Pendant une crise convulsive, il faut lui tenir la langue pour qu'elle ne l'avale pas. »
Faux
On ne peut pas avaler sa langue : c'est anatomiquement impossible. En revanche, mettre ses doigts ou un objet dans la bouche, c'est risquer une morsure, des dents cassées ou un objet avalé.
- Écarter ce qui peut blesser, protéger la tête (un vêtement plié fait l'affaire) et noter l'heure du début.
- Ne rien mettre dans la bouche et ne pas bloquer ses mouvements.
- Après la crise : vérifier la respiration, position latérale de sécurité si elle respire sans répondre, et alerter.
« Un malaise ? Un sucre et un verre d'eau. »
À nuancer
Le sucre n'aide que dans certains malaises, et on ne fait pas boire n'importe qui. Le vrai réflexe du SST, c'est de poser des questions et de passer le relais à un médecin.
- Mettre la personne au repos, dans la position où elle se sent le mieux.
- L'interroger (depuis quand, traitement, déjà arrivé…) et demander un avis médical en transmettant ces informations.
- Sucre ou médicament : seulement si elle le demande. À boire : de l'eau fraîche par petites quantités, seulement pour un malaise dû à la chaleur.
Bonus : « Je suis SST, c'est pour la vie. »
Non plus ! Le certificat de sauveteur secouriste du travail est valable 24 mois. Pour le garder, il faut suivre un maintien et actualisation des compétences (MAC). Et ce n'est pas qu'une formalité : les gestes évoluent. L'aide-mémoire SST de l'INRS a encore été révisé en mars 2026.
Le meilleur remède contre les idées reçues : pratiquer
Lire, c'est bien. Avoir les mains sur un mannequin et un défibrillateur de formation, c'est ce qui fait la différence le jour J. Je forme vos salariés au SST (formation initiale et MAC), dans vos locaux ou à Meximieux.
Pour les particuliers : l'Apérosecours, 2 heures d'initiation aux gestes qui sauvent, chez vous, entre amis.
Cet article ne remplace pas une formation pratique. En cas d'urgence : 15 (SAMU), 18 (pompiers), 112 (numéro d'urgence européen), ou 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes.
- INRS, aide-mémoire « Sauvetage secourisme du travail », ED 4085 (6e édition, révisée en mars 2026).
- INRS, « Prise en charge d'une hémorragie externe en entreprise : les premières minutes », TP 29, Références en santé au travail n° 153, mars 2018.
- Décret n° 2007-705 du 4 mai 2007 relatif à l'utilisation des défibrillateurs automatisés externes par des personnes non médecins.
- Loi n° 2020-840 du 3 juillet 2020 visant à créer le statut de citoyen sauveteur.
- Épilepsie France, « Que faire en cas de crise ».








