Marathon de New York : une coureuse meurt à 3 km de l'arrivée. Causes, chiffres et gestes qui sauvent
Mathieu Gestin • 4 novembre 2026

Secourisme · Actualité · 4 novembre 2026

Dimanche 1er novembre, au marathon de New York, une coureuse de 24 ans s'est effondrée à un peu plus de 3 km de l'arrivée. Elle est décédée quelques heures plus tard. Que sait-on vraiment des causes ? Combien de coureurs meurent chaque année sur ce type d'épreuve ? Et surtout, que peut-on faire, coureur ou spectateur ? Je fais le point, chiffres officiels à l'appui.

Illustration : marathon en automne dans un parc, poste de secours avec deux secouristes et un défibrillateur

Avant toute chose, mes pensées vont à sa famille, à ses proches et aux coureurs, bénévoles et secouristes qui étaient à ses côtés ce jour-là. Cet article n'a pas pour but de commenter un drame personnel, mais de comprendre ce qui peut arriver sur une course et de rappeler les gestes qui sauvent.

Ce que l'on sait

24 ans une ancienne joueuse universitaire de hockey sur gazon
1er marathon de sa vie, couru pour une association de lutte contre la maladie de Parkinson
Mile 24 soit environ 38,6 km, dans Central Park
~14 h prise en charge vers l'hôpital Mount Sinai, en état critique

Selon les organisateurs (New York Road Runners) et la police de New York, Rachel Apa s'est effondrée près du 24e mile, dans Central Park. Un spectateur a commencé la réanimation cardio-pulmonaire avant que les équipes médicales ne prennent le relais. Elle a été transportée à l'hôpital, où elle est décédée dans la soirée. D'après son père, elle s'était entraînée, n'avait pas de problème de santé connu, et il suivait sa progression en direct sur l'application de la course quand le point s'est arrêté.

Selon l'organisateur, le dernier décès d'un coureur lié à un problème médical sur ce marathon remontait à 2024.

Ce que l'on ne sait pas encore

À ce jour, le médecin légiste de New York n'a pas rendu ses conclusions : la cause officielle du décès n'est pas établie. Son père a déclaré à plusieurs médias américains qu'elle était morte d'une rhabdomyolyse, une destruction massive des muscles. C'est sa parole, et elle mérite le respect, mais ce n'est pas encore un résultat d'enquête. Je vous explique donc ce qu'est la rhabdomyolyse, sans affirmer que c'est la seule explication.

La rhabdomyolyse, c'est quoi ?

Schéma : muscle de la cuisse abîmé, particules libérées dans le sang, reins surchargés et urines foncées

Le muscle abîmé libère son contenu dans le sang, puis les reins se retrouvent débordés.

Quand des fibres musculaires sont détruites, elles libèrent dans le sang ce qu'elles contiennent : des protéines (dont la myoglobine) et des électrolytes (dont le potassium). Deux dangers en découlent :

  • les reins  n'arrivent plus à filtrer cet afflux et peuvent faire une insuffisance rénale aiguë ;
  • le cœur  peut être déstabilisé par l'excès de potassium, jusqu'au trouble du rythme et à l'arrêt cardiaque.

Les signes qui doivent alerter

  • des douleurs musculaires intenses, des crampes qui ne passent pas, une grande faiblesse ;
  • des urines foncées (couleur thé ou cola) ;
  • une fatigue inhabituelle, des nausées, des vomissements.

Le piège : au début, ces signes ressemblent à de simples crampes ou à un coup de chaleur. Les autorités sanitaires américaines (CDC) citent parmi les facteurs favorisants la chaleur, l'effort très intense, certains médicaments, des infections et des maladies musculaires héréditaires parfois ignorées. Elles rappellent que tout le monde peut être touché, sportifs et marathoniens compris.

Et au travail ?

La rhabdomyolyse n'est pas réservée aux coureurs. Les autorités sanitaires américaines (CDC et NIOSH, l'équivalent américain de l'INRS) la citent parmi les risques des métiers physiquement exigeants, comme les pompiers ou les travailleurs en extérieur, surtout par forte chaleur. C'est un sujet de prévention à part entière, à intégrer dans le Document unique quand vos salariés font des efforts intenses ou travaillent au chaud.

Les quatre grandes causes de décès sur un marathon

Quatre pictogrammes : un cœur, un soleil et un thermomètre, un verre d'eau plein, une jambe de coureur

Cœur, chaleur, eau, muscle : les quatre grandes familles de causes.

La plus fréquente

L'arrêt cardiaque

C'est la première cause de décès en course. Après 35 ans, il s'agit surtout d'une maladie des artères du cœur, souvent silencieuse ; chez les plus jeunes, plutôt d'une maladie du muscle cardiaque ou d'un trouble du rythme héréditaire.

Par temps chaud

Le coup de chaleur d'exercice

Le corps n'arrive plus à évacuer la chaleur produite par l'effort : la température dépasse 40 °C, la personne devient confuse puis s'effondre. Le risque monte avec la chaleur et l'humidité.

Le piège des coureurs lents

L'hyponatrémie

Boire beaucoup trop d'eau dilue le sodium du sang. Au marathon de Boston 2002, 13 % des coureurs testés à l'arrivée en avaient une, et 0,6 % une forme grave. Les facteurs repérés : prendre du poids pendant la course (signe qu'on boit plus qu'on ne transpire) et courir plus de 4 heures.

Plus rare

La rhabdomyolyse

Destruction musculaire décrite plus haut. Elle peut s'associer à la chaleur ou à l'hyponatrémie et finir par toucher les reins et le cœur.

Combien de morts par an ? Les chiffres

La meilleure étude disponible est américaine (registre RACER, publié dans le JAMA en mars 2025). Elle a suivi 29,3 millions  d'arrivants de marathons et semi-marathons aux États-Unis entre 2010 et 2023 : 176 arrêts cardiaques, dont 59 mortels.

Arrêts cardiaques en course, États-Unis 2010-2023

Nombre de cas pour 100 000 coureurs (étude RACER, JAMA 2025)

Hommes 1,12
Marathon 1,04
Moyenne 0,60
Semi-marathon 0,47
Femmes 0,19

On en meurt deux fois moins

Part des arrêts cardiaques en course qui sont mortels

71 % en 2000-2009
34 % en 2010-2023

Les auteurs l'attribuent au massage cardiaque immédiat par les témoins et à l'usage quasi systématique du défibrillateur.

Le risque, en clair

Ordres de grandeur tirés de l'étude RACER

1 sur 167 000

coureurs fait un arrêt cardiaque pendant la course.

≈ 2 décès par million de coureurs

Le risque global n'a pas baissé depuis 20 ans : c'est la survie qui a progressé.

Et sur un marathon comme New York ?

En 2025, l'épreuve a compté 59 226 arrivants, un record mondial. Si l'on applique le taux américain du marathon (1,04 pour 100 000), on obtient un ordre de grandeur d'environ un arrêt cardiaque toutes les une à deux éditions. Le marathon le plus fréquenté au monde est donc aussi celui où, statistiquement, un drame finit tôt ou tard par arriver : c'est pour cela que les postes médicaux y sont présents à chaque mile, dès le 3e.

Les décès connus au marathon de New York

  • 1984  : un coureur français de 48 ans, crise cardiaque.
  • 1994  : deux coureurs, arrêt cardiaque.
  • 2008  : trois coureurs (41, 58 et 66 ans), les premiers depuis 1994.
  • 2024  : dernier décès lié à un problème médical, selon l'organisateur.
  • 2026  : une coureuse de 24 ans, cause officielle en attente.

Liste établie d'après la presse et les déclarations de l'organisateur : elle n'est pas forcément exhaustive.

Et en France ?

  • Les accidents cardiaques liés au sport causent 1 000 à 1 500 morts subites par an  (chiffre repris par les ministères des Sports et de la Santé en 2013).
  • Le risque est très inégal : une étude française publiée dans le JAMA en 2013 compte 0,5 mort subite par million de sportives contre 10,1 par million de sportifs, soit environ vingt fois moins chez les femmes. La victime type est un homme d'une cinquantaine d'années qui pratique un sport de loisir.
  • Bonne nouvelle : en Île-de-France, le massage cardiaque par les témoins d'un arrêt cardiaque lié au sport est passé de 35 % à près de 95 % entre 2005 et 2018. Aujourd'hui, deux victimes sur trois survivent, contre moins d'une sur dix quand l'arrêt cardiaque survient en dehors du sport.
  • Selon un recensement de presse du site u-Trail, au moins 13 coureurs sont morts dans le monde sur des courses entre le 4 octobre et le 1er novembre 2026, dont plusieurs en France. Ce n'est pas une statistique officielle, et les circonstances sont très différentes d'un cas à l'autre.

Vous avez remarqué ? Une jeune femme de 24 ans fait partie du profil le moins exposé au risque d'arrêt cardiaque en course. C'est justement pour cela que les autres causes, comme la rhabdomyolyse, la chaleur ou l'hyponatrémie, méritent d'être connues.

Coureurs : les bons réflexes

Le Club des cardiologues du sport a fixé 10 règles d'or. En voici l'essentiel :

  • Signaler à son médecin toute douleur dans la poitrine, tout essoufflement anormal, toute palpitation ou tout malaise à l'effort ou juste après, même si on est entraîné.
  • Toujours s'échauffer et récupérer pendant 10 minutes.
  • Boire 3 à 4 gorgées d'eau toutes les 30 minutes, à l'entraînement comme en course, sans forcer au-delà.
  • Éviter l'effort intense sous -5 °C, au-dessus de 30 °C et lors des pics de pollution.
  • Ne pas fumer dans les 2 heures avant et après le sport.
  • Pas de produit dopant, et pas d'automédication en général.
  • Pas de sport intense avec de la fièvre, ni dans les 8 jours après un épisode grippal.
  • Faire un bilan médical avant de reprendre un sport intense après 35 ans pour les hommes, 45 ans pour les femmes.

J'ajoute trois conseils pour un premier marathon : partir moins vite que prévu (la fin se gagne en gardant de la réserve), ne pas se forcer à boire à chaque ravitaillement, et s'arrêter  en cas de douleur musculaire inhabituelle, de grande faiblesse ou de confusion. Après la course, des urines très foncées justifient un avis médical rapide.

En France, depuis le 1er septembre 2024, le certificat médical n'est plus demandé aux coureurs majeurs non licenciés : il est remplacé par le Parcours (devenu en 2026 le Pass) Prévention Santé de la Fédération française d'athlétisme, un questionnaire en ligne avec des vidéos de prévention. Prenez le temps de les regarder vraiment : c'est le seul moment de prévention santé avant votre dossard.

Spectateurs, bénévoles : vous êtes le premier maillon

Scène de formation : un spectateur fait un massage cardiaque à un mannequin portant un dossard, une coureuse appelle les secours, un bénévole apporte un défibrillateur

À New York, c'est un spectateur qui a commencé la réanimation. Ce geste-là, tout le monde peut l'apprendre.

Un coureur s'effondre devant vous. Voici les réflexes du Sauveteur Secouriste du Travail, valables sur un parcours comme au bureau :

  1. Protéger  : écartez-vous du flot des coureurs, faites ralentir ou dévier les autres, et signalez la zone.
  2. Examiner  : la personne répond-elle ? Respire-t-elle normalement ? Une respiration absente ou bizarre (bruyante, saccadée) doit faire penser à un arrêt cardiaque.
  3. Alerter  : appelez le 15, le 18 ou le 112, prévenez le poste de secours le plus proche et faites chercher un défibrillateur.
  4. Masser  : au centre de la poitrine, bras tendus, fort et vite (100 à 120 compressions par minute), sans vous arrêter.
  5. Défibriller  : allumez le DAE dès qu'il arrive et suivez ses instructions vocales. Il ne délivre un choc que si c'est nécessaire.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : aux États-Unis comme en Île-de-France, la survie après un arrêt cardiaque en course a fortement progressé grâce à une seule chose, des témoins qui massent et un défibrillateur à portée de main.

Formez vos équipes aux gestes qui sauvent

Je forme les salariés au Sauveteur Secouriste du Travail et j'anime des initiations conviviales pour tous. Organisateurs de courses, clubs, entreprises : parlons-en.

Sources
  • CBS New York, NBC News, ABC News, ABC7 New York, 6abc et Yahoo Sports (citant l'Associated Press et la police de New York), articles des 3 et 4 novembre 2026 sur le décès survenu au marathon de New York.
  • Kim JH et al., « Cardiac Arrest During Long-Distance Running Races », JAMA, mars 2025 (étude RACER), et synthèses de TCTMD, Healio et Northwestern Medicine.
  • CDC, NIDDK et MedlinePlus, informations sur la rhabdomyolyse, reprises par ABC News ; NIOSH, rhabdomyolyse et travail.
  • Almond CS et al., « Hyponatremia among Runners in the Boston Marathon », New England Journal of Medicine, 2005.
  • Marijon E. et al., JAMA 2013 (mort subite liée au sport en France selon le sexe et le sport) ; Université Paris Cité / AP-HP, survie après arrêt cardiaque lié au sport en Île-de-France 2005-2018.
  • Club des cardiologues du sport, « Les 10 règles d'or ».
  • Fédération française d'athlétisme, Parcours / Pass Prévention Santé ; réponse ministérielle à la question écrite n° 13538 (Assemblée nationale).
  • u-Trail, recensement des décès en course du 4 octobre au 1er novembre 2026 (2 novembre 2026).
  • Liste des décès au marathon de New York : presse (New York Times 1994, Tampa Bay Times 2008, NBC New York 2008) et déclaration de New York Road Runners (2026).
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