Numéro de déclaration d'activité (NDA) : est-ce obligatoire, comment l'obtenir, le garder... et le perdre ?

Mathieu Gestin • 7 septembre 2026

Réglementation formation professionnelle

Numéro de déclaration d'activité (NDA) : est-ce obligatoire, comment l'obtenir, le garder... et le perdre ?

Signer sa première convention de formation professionnelle déclenche, sans que beaucoup le sachent, une obligation légale précise : déposer une déclaration d'activité auprès de l'État dans les trois mois. Ce numéro à onze chiffres, souvent pris à tort pour un agrément ou un label qualité, conditionne pourtant l'existence légale d'un organisme de formation. Sa perte — automatique en cas d'oubli administratif, ou décidée après contrôle — peut survenir plus vite qu'on ne l'imagine, avec des conséquences immédiates sur les financements. Obligation, procédure d'obtention, obligations de maintien, causes de perte et jurisprudence récente : voici le tour complet de la question.

Le cycle de vie du NDA

1

Obtenir

Déclaration déposée, récépissé et numéro NDA délivrés

2

Mentionner & déclarer

NDA sur les documents + bilan pédagogique et financier chaque année

3

S'exposer à un contrôle

Contrôle sur pièces ou sur place possible à tout moment

4

Caducité ou retrait

Perte automatique ou décidée par l'administration

↻ En cas de caducité ou de retrait, il faut déposer une toute nouvelle déclaration pour reprendre l'activité

Est-ce obligatoire ? Qui est concerné ?

Toute personne, physique ou morale, de droit privé ou de droit public, qui réalise des actions de formation professionnelle, des bilans de compétences, des actions de validation des acquis de l'expérience ou des actions de formation par apprentissage [1] doit déposer une déclaration d'activité auprès de l'autorité administrative, dès la conclusion de sa première convention ou de son premier contrat de formation professionnelle [2] . L'obligation vise aussi bien les organismes constitués en société ou en association que les formateurs indépendants et les micro-entrepreneurs, qui bénéficient toutefois d'un dossier allégé. Un sous-traitant qui dispense lui-même des actions de formation doit détenir sa propre déclaration : intervenir pour le compte d'un organisme déclaré ne dispense pas de la démarche.

À l'inverse, une entreprise qui forme uniquement ses propres salariés, avec ses propres moyens et sans facturation à un tiers, n'entre pas dans le champ de la déclaration : c'est la conclusion d'une convention ou d'un contrat de formation professionnelle — donc une prestation commerciale — qui déclenche l'obligation, pas l'acte de former en tant que tel [3] . Les activités de loisir ou de bien-être (cuisine, yoga, développement personnel non professionnel) sont également hors champ, faute de correspondre à la définition légale d'une action de formation [1] .

Depuis la loi n°2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, l'absence de déclaration ou un manquement aux obligations qui en découlent (mentions obligatoires, règlement intérieur, obligations comptables, information des stagiaires...) expose à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par manquement, majorée de 50 % en cas de nouveau manquement dans l'année suivant un avertissement, voire doublée en cas de récidive dans les deux ans qui suivent une amende [4][5] . L'organisme dispose d'un délai minimal de 15 jours pour présenter ses observations avant toute sanction.

Concernés par l'obligation

  • Organismes et associations de formation
  • Formateurs indépendants
  • Auto-entrepreneurs (dossier allégé)
  • Sous-traitants dispensant eux-mêmes des actions

Hors champ de l'obligation

  • Formation interne aux seuls salariés de l'entreprise
  • Activités de loisir ou de bien-être non professionnelles

Comment l'obtenir ? La procédure en 5 étapes

La déclaration doit être déposée au plus tard dans les trois mois qui suivent la conclusion de la première convention ou du premier contrat de formation professionnelle [6] , auprès du préfet de région du lieu où le déclarant a son principal établissement, sa direction effective ou son siège social [7] . Depuis le décret n°2025-728 du 29 juillet 2025, entré en vigueur le 1er août 2025, la démarche est intégralement dématérialisée via le téléservice Mon Activité Formation [8][9][10] .

Le dossier doit comporter : une copie du justificatif d'attribution du numéro SIREN, le bulletin n°3 du casier judiciaire du dirigeant (personne morale) ou du déclarant (personne physique), une copie de la première convention ou du premier contrat de formation professionnelle, une présentation du contenu des actions, de leur organisation et des moyens techniques et pédagogiques mobilisés, ainsi que, depuis le décret de 2025, une copie de pièce d'identité en cours de validité [11] . Les micro-entrepreneurs sont dispensés de la convention et de la présentation détaillée du contenu pédagogique, remplacées par une présentation succincte de leur activité selon un modèle fixé par arrêté.

Si le dossier est incomplet, l'administration dispose de dix jours ouvrés pour demander des pièces complémentaires, et le déclarant de douze jours ouvrés pour répondre [11] . Une fois le dossier complet, la DREETS dispose désormais de deux mois pour l'instruire — contre trente jours auparavant —, le silence gardé à l'issue de ce délai valant acceptation [9] . En cas d'enregistrement, un récépissé est délivré, portant un numéro de déclaration d'activité à onze chiffres. Ce numéro n'est ni un agrément, ni un label de qualité : il s'agit d'un simple enregistrement administratif [12] .

Comment obtenir son NDA

1

1er contrat ou convention signé

Le point de départ du délai légal

2

Dépôt du dossier — délai : 3 mois

Sur le téléservice Mon Activité Formation, auprès de la DREETS du siège

3

Contrôle de complétude

10 jours ouvrés pour une demande de pièces, 12 jours ouvrés pour répondre

4

Instruction par la DREETS — délai : 2 mois

Silence gardé à l'issue du délai = acceptation

5

Récépissé + numéro NDA (11 chiffres)

Un enregistrement, pas un agrément

Chiffres et délais à retenir

3 mois pour déclarer après le 1er contrat
2 mois délai d'instruction de la DREETS
11 chiffres dans le numéro NDA
31 mai date limite du bilan pédagogique annuel
4 000 € amende administrative max. par manquement

Comment le garder ? Deux obligations à ne jamais manquer

Obtenir son NDA n'est que la première étape : il doit ensuite être entretenu par deux séries d'obligations distinctes.

La première est documentaire. Le numéro doit figurer sur toute convention de formation professionnelle et, en son absence, sur les devis, bons de commande, factures et contrats, sous la forme précise : « déclaration d'activité enregistrée sous le numéro ... auprès du préfet de région de ... » [13][14] . Dans la publicité, en revanche, seule une formule différente est autorisée : « Enregistré sous le numéro ... Cet enregistrement ne vaut pas agrément de l'État » [15] — une nuance que beaucoup d'organismes ignorent, au risque d'un manquement sanctionnable.

La seconde est le bilan pédagogique et financier (BPF), un document annuel (Cerfa n°10443) qui retrace, pour l'exercice comptable écoulé, les activités de formation conduites, le nombre de stagiaires et d'apprentis accueillis, les heures de formation dispensées et suivies selon la nature, le niveau et la durée des formations, la répartition des fonds reçus selon leur nature, et les données comptables afférentes à l'activité de formation [16] . Il se dépose chaque année sur Mon Activité Formation, en pratique entre le 1er avril et le 31 mai pour l'exercice précédent [17] . L'organisme doit par ailleurs tenir une comptabilité distincte pour son activité de formation.

Bon réflexe avant de signer avec un partenaire ou un sous-traitant : la liste des organismes de formation déclarés est publique et consultable en ligne, ce qui permet de vérifier en quelques secondes la validité du NDA d'un prestataire avant de contractualiser avec lui [18] .

Sur les documents commerciaux (art. R6351-6)

« Déclaration d'activité enregistrée sous le numéro XX XXXXXXXX XX auprès du préfet de région de [région] »

Conventions, devis, bons de commande, factures, contrats

Dans la publicité (art. L6352-12)

« Enregistré sous le numéro XX XXXXXXXX XX. Cet enregistrement ne vaut pas agrément de l'État »

Plaquettes, site web, supports commerciaux

Comment le perdre ? Deux mécanismes bien distincts

C'est le point le plus mal connu — et le plus risqué. Un NDA peut disparaître de deux façons radicalement différentes : l'une automatique, l'autre décidée par l'administration après contrôle.

La caducité automatique. Prévue à l'article L6351-6 du code du travail, elle survient dans deux cas précis : lorsque le bilan pédagogique et financier de l'année ne fait apparaître aucune activité de formation, ou lorsque ce bilan n'a tout simplement pas été transmis à l'administration [19] . Aucune décision individuelle n'est nécessaire, aucune procédure contradictoire n'est prévue : la caducité intervient de plein droit. Ses conséquences sont immédiates — sortie de la liste publique des organismes de formation, perte d'éligibilité aux financements conditionnés à la certification Qualiopi, retrait du référencement sur les plateformes de financement, remise en cause de l'exonération de TVA propre à la formation professionnelle [20] . Pour reprendre une activité, l'organisme doit déposer une toute nouvelle déclaration, avec un nouveau numéro : la caducité efface l'ancien enregistrement, elle ne le suspend pas.

Le retrait après contrôle. Prévu à l'article L6351-4, il résulte d'une décision de l'administration à l'issue d'un contrôle sur pièces ou sur place, pour l'un des quatre motifs suivants : les prestations réalisées ne correspondent pas aux actions définies à l'article L6313-1 (par exemple des prestations de bien-être ou de développement personnel présentées comme de la formation professionnelle) ; le non-respect des règles de réalisation des actions (programme, conventions, délais de rétractation, obligations envers les stagiaires) ; le non-respect des règles de fonctionnement de l'organisme — qualification du personnel, règlement intérieur, obligations comptables, publicité —, qui suppose alors une mise en demeure préalable de trente jours pour se mettre en conformité ; ou l'usage de manœuvres frauduleuses pour obtenir l'enregistrement, une aide ou un paiement indus [21] . Sauf fraude, l'organisme doit dans tous les cas être invité à présenter ses observations avant toute décision d'annulation.

Le Conseil d'État a posé un garde-fou important en faveur des organismes : passé un délai de quatre mois après l'enregistrement, l'administration ne peut annuler la déclaration — en l'absence de fraude — que si le motif repose sur une circonstance postérieure à l'enregistrement, ou qu'elle n'était pas en mesure de connaître à cette date. La déclaration enregistrée crée en effet des droits, notamment l'exonération de TVA propre à la formation professionnelle, qui ne peuvent être remis en cause rétroactivement pour des éléments que l'administration aurait pu vérifier dès le dépôt du dossier [22][23] . La jurisprudence récente illustre concrètement ces motifs : en avril 2026, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a validé l'annulation de la déclaration d'un organisme qui exigeait 400 € de frais de dossier non remboursables dès l'inscription et un règlement intégral au moment de l'adhésion, en violation des règles protectrices applicables aux contrats conclus avec des stagiaires autofinancés — droit de rétractation de dix jours, plafond de 30 % pour le premier versement, paiement échelonné —, sans que la cessation ultérieure de ces pratiques n'efface les faits déjà constatés [24] .

Caducité automatique ou retrait après contrôle ?

Caducité automatique

Base légale Art. L6351-6
Déclencheur BPF absent ou sans activité
Procédure Aucune — de plein droit
Pour repartir Nouvelle déclaration obligatoire

Retrait après contrôle

Base légale Art. L6351-4
Déclencheur Contrôle DREETS (4 motifs)
Procédure Contradictoire obligatoire
Pour repartir Nouvelle déclaration + mise en conformité

Le NDA n'est pas un gage de qualité

Une confusion fréquente mérite d'être levée : le NDA atteste seulement qu'une déclaration a été enregistrée, pas que les formations dispensées sont de qualité, ni même qu'elles ont fait l'objet d'un contrôle de fond au moment du dépôt [12] . Pour accéder aux financements mutualisés — CPF, OPCO, France Travail, Régions —, c'est la certification Qualiopi qui fait foi : elle repose sur un audit indépendant et ne nécessite d'ailleurs pas de détenir un NDA dès le dépôt du dossier de certification, seulement au moment de la délivrance du certificat [25] .

Un numéro à surveiller comme n'importe quelle obligation légale

Entre le dépôt initial, les mentions à reproduire sur chaque devis et chaque facture, le bilan pédagogique à transmettre chaque année sans faute, et le risque de contrôle, le NDA demande une vigilance continue plutôt qu'une démarche ponctuelle. Un simple oubli de bilan pédagogique suffit à faire tomber l'enregistrement — et avec lui, l'accès aux financements et la capacité même de facturer légalement de la formation.

Uniprev accompagne les organismes de formation dans la sécurisation de leurs obligations administratives et réglementaires — déclaration d'activité, mentions obligatoires, préparation aux contrôles DREETS.

Sources

  1. Article L6313-1 — Code du travail numérique
  2. Article L6351-1 — Code du travail numérique
  3. Numéro de déclaration d'activité, guide complet — FG Formation
  4. Loi n°2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales — Légifrance
  5. Formation professionnelle : de nouvelles sanctions pour les organismes de formation — Cabinet Angeli
  6. Article R6351-1 — Code du travail numérique
  7. Article R6351-2 — Code du travail numérique
  8. Décret n°2025-728 du 29 juillet 2025 — Légifrance
  9. Déclaration d'activités : ce qui change — Via Compétences
  10. Déclaration d'activité des prestataires de formation professionnelle — DREETS Île-de-France
  11. Article R6351-5 — Code du travail numérique
  12. Déclaration d'activité d'un organisme ou prestataire de formation — Service-public Entreprendre (fiche R71203)
  13. Article R6351-6 — Code du travail numérique
  14. Sur quels documents mentionner le NDA, et sous quelle forme ? — Centre Inffo
  15. Article L6352-12 — Code du travail numérique
  16. Article R6352-22 — Code du travail numérique
  17. BPF 2026, jusqu'à quand pour le remplir ? — Via Compétences
  18. Liste publique des organismes de formation (L.6351-7-1) — data.gouv.fr
  19. Article L6351-6 — Code du travail numérique
  20. Caducité du numéro de déclaration d'activité (NDA) — DREETS Auvergne-Rhône-Alpes
  21. Article L6351-4 — Code du travail numérique
  22. Déclaration d'activité : rappel du Conseil d'État sur les conditions d'annulation par l'administration (CE, 20 octobre 2021, n°440377) — Centre Inffo
  23. Annulation de la déclaration d'activité : quelles sont les règles applicables ? (TA Rennes, 3 novembre 2023, n°2201529) — Centre Inffo
  24. Contrat de formation professionnelle : vouloir sécuriser ses encaissements peut conduire à l'annulation (TA Cergy-Pontoise, 23 avril 2026, n°2306068) — Centre Inffo
  25. Le NDA est-il obligatoire pour demander Qualiopi ? — ICPF
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